L' enfant en dificultés multiples face à l'accès et l'indivisibilité de ses droits. Intervention de Colette Duquesne, présidente DEI-France aux 27èmes journées d'étude de l'Association nationale des placements familiaux

L' enfant en dificultés multiples face à l'accès et l'indivisibilité de ses droits. Intervention de Colette Duquesne, présidente DEI-France  aux  27èmes journées d'étude de l'Association nationale des placements familiaux


Une étude récente menée par l'ODPE de Paris auprès de 120 enfants en difficultés multiples, est allée à la recherche de leur histoire : qui sont -ils ? Pourquoi se manifestent ils ainsi, par des troubles du comportement, de la violence massive  usant et mettant  en échec tous les services éducatifs  et de soins ?

Cette étude nous apprend que ces enfants dits "en difficultés multiples" ont en moyenne 15 ans, qu'ils ont connus leur premier placement vers l'âge de 10 ans, presque toujours en urgence, alors qu'il bénéficiaient d'une mesure d'AEMO depuis plusieurs années et qu'ils sont presque tous déscolarisés à leur arrivée.
Leur parcours est caractéristique : ils sont les enfants de toutes les précarités
  • Précarité affective et d'attention de la part des  parents
  • Précarité du lien avec les autres adultes de son environnement
  • Violences intra-familiales ou conjugales
  • Précarité économique
  • Précarité résidentielle
Or face à ces enfants, il faudrait identifier très tôt et sans  hiérarchisations- comme on le fait actuellement en substituant  les besoins fondamentaux aux droits fondamentaux -tous les facteurs de risques qui peuvent engendrer chez eux très tôt, l'insécurité physique et affective, l'angoisse, le manque d'estime de soi et de l'autre, la perte de sens de sa vie et de celle de ses parents. Et ces facteurs de risques sont  multiples. Et ne relèvent pas tous de prise en charge individuelle et spécialisée.
En 2012, l'Observatoire du Samu social avait dans une étude auprès de 800 familles du 115,  mis en évidence que 60% de ses enfants vivant en errance, en promiscuité, en malnutrition, en changement incessants d'école... manifestaient des troubles affectifs, du comportement, de la concentration.
Or la situation d'errance familiale s'est constamment aggravée depuis, au point que les services de l'Etat, chargée de l'urgence sociale, exigent des travailleurs sociaux,  comme à Toulouse, non pas de veiller à ce qu'aucun enfant ne dorme à la rue, mais  à ce qu'aucun enfant ne soit remis à la rue sans  un duvet sous le bras !
Et ceci, alors que l'accès des  personnes à l'ensemble des droits  fondamentaux est venu par le Décret n° 2017-877 du 6 mai 2017 redéfinir la finalité du travail social et l'inscrire dans le Code de l'action sociale et des familles

En 2018, pour la première fois en 11 ans d'existence et grâce à Régis Sécher, auteur de "Reconnaissance et dignité des parents d'enfants placés" et que vous connaissez bien à l'ANPF,  les Assises de la protection de l'enfance ont fait une place à des professionnels qui luttent contre cette extrême précarité sociale, si dévastatrice des liens  affectifs et familiaux.
Mais pour  construire les politiques publiques  qui s'attachent à lutter contre toutes les précarités en ne les hiérarchisant pas, c'est de  la participation des enfants et des  parents qui les vivent dont nous avons aussi impérieusement besoin.

Dans notre pays où les inégalités sociales et scolaires entre enfants  se  creusent dangereusement depuis 2008, faire de l'accès aux  droits fondamentaux des enfants  et des deux principes qui les guident: universalité et indivisibilité, une culture  commune  à tous, permettraient de dépasser les  cloisonnements des institutions, des métiers, des disciplines.