Invitation du Président de la République au lancement de la stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants : une volonté fortement affichée de garantir les droits fondamentaux de tous les enfants, mais des moyens qui ne sont pas à la hauteur !

Invitation du Président de la République au lancement de la stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants : une volonté fortement affichée de garantir les droits fondamentaux de tous les  enfants, mais des moyens qui ne sont pas à la hauteur !

Le 13 septembre, DEI-France participait sur invitation du président de la République au lancement de la stratégie de lutte contre la pauvreté. Une invitation consécutive  à notre contribution active du 3 février portant sur "Travail social et accès aux droits fondamentaux des enfants les plus pauvres", notamment ceux en errance familiale ou sortant de l'ASE. Un  colloque dont les actes  avaient  été transmis à Olivier Noblecourt, en tant que « délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes ».

Axée autour de 5 engagements, les deux premiers concernent les enfants.

Le président de la République a rappelé que parmi les 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France, trois millions sont des enfants.

Des chiffres a t-il dit, auxquels on s'habitue très bien, car il mettent à distance le scandale que représente la pauvreté en terme de vie malmenée, de combats quotidiens et sur tous les fronts . Car être pauvre, ce n'est pas seulement une situation économique, c'est une lutte permanente contre le manque, l'enfermement dans les mêmes quartiers, l'absence de choix de vie, la peur, la colère.

Rompre avec la fatalité de la pauvreté, pour empêcher qu’un enfant pauvre aujourd’hui ne devienne un adulte pauvre demain, renouer avec l’égalité des chances républicaine, tels sont les premiers enjeux de la stratégie pauvreté.

- Engagement n° 1 : L’égalité des chances dès les premiers pas pour rompre la reproduction de la pauvreté

L'accès aux modes d'accueil  : parce qu'il qu’il favorise  le développement complet de l’enfant et l’apprentissage du langage (un enfant défavorisé de 3 ans maitrise 2 fois moins de mots qu'un autre), permettre  son accueil dans les crèches ou par les assistantes maternelles (5% des enfants défavorisés sont accueillis en crèche contre 22% des enfants favorisés (Crédoc, 2016).  600.000 professionnels seront formés au développement du langage et de la confiance en soi du jeune enfant.

En sus du développement de l’offre prévu par la récente convention d’objectifs et de gestion de la branche famille (au moins 30 000 nouvelles places en accueil collectif et 1000 relais d’assistantes maternelles), la stratégie pauvreté engagera une évolution majeure de la politique petite enfance, au service de la mixité sociale et d’un nouveau continuum éducatif 0-6 ans. Cette ambition éducative qui a des effets pour toute la vie, comme on le constate en Norvège, s’inscrit dans la dynamique de renforcement des moyens pour les enfants les plus fragiles, portés par l’Éducation nationale, avec l’instruction obligatoire dès 3 ans, le dédoublement des classes de CP-CE1 en éducation prioritaire et le dispositif « Devoirs faits ».

- Engagement n° 2 : Garantir au quotidien les droits fondamentaux des enfants

"Il faut garantir l'ensemble des droits fondamentaux des enfants, parce que ces droits sont indivisibles et qu'ils appartiennent tous à l'enfant : éducation, santé, alimentation, santé, logement" a rappelé le président de la république. Un discours  clair et bien venu  dans un contexte où les besoins fondamentaux placés sous la responsabilité des familles  évincent les droits fondamentaux placés sous une double responsabilité : celles des familles et celle de l'Etat.


Que prévoit le programme ?

  • Une alimentation équilibrée pour tous : des petits déjeuners dans les territoires fragiles, associant les parents et promouvant l’éducation alimentaire et les circuits courts, des tarifs de cantines accessibles avec un plafond du barème le plus bas à 1€ le repas. Le programme « Manger Malin » qui réduit considérablement le coût de l’alimentation infantile, en particulier le lait maternisé sera généralisé.
  • Un hébergement ou un logement décent pour tous: Des maraudes mixtes État/aide sociale à l’enfance, spécialisées dans la protection de l’enfance seront mobilisées pour « aller vers » les familles avec enfants dans la rue et prévenir la mendicité. 75000 places d'hébergement pour les familles seront mis en place. La lutte contre les marchands de sommeil, la résorbtion des bidonvilles, la prévention des expulsions seront renforcées .
Pour DEI, si le programme alimentation parait réalisable à court terme, la lutte contre le sans-abrisme des enfants et des familles semblent irréaliste. Le budget de 125  millions d'€uros, consacrés à l'offre d'hébergement et de logement des familles contraste avec "la mobilisation extrême"  affichée et l'urgence sociale qu'ils représentent.

 Engagement n° 3 : Un parcours de formation garanti pour tous les jeunes

  • Une obligation de formation jusqu’à 18 ans : pour assurer à tous les jeunes des compétences et mieux maîtriser leur destin.
  •  Un parcours d'accompagnement et de formation pour ramener les jeunes démobilisés vers l'insertion
  • Une extension de  la Garantie jeune à 500 000 bénéficiaires d'ici  2022.
  • Des moyens contractualisés avec les départements pour empêcher les sorties "sèches" de l’aide sociale à l’enfance. Chaque jeune confié en protection de l'enfance doit pouvoir être soutenu jusqu'à son autonomie ou ses 21 ans,   afin de sortir avec une formation un logement un travail.
Si les moyens affichés sont plus conséquents avec 439 millions d’euros, ils restent faibles au regard des objectifs poursuivis et flous dans leur mise en oeuvre.
Comme dans le programme des adultes, une croyance trop grande en l'accompagnement social, qui n'est qu'un moyen, pour lutter contre  les phénomènes d'exclusion et d'appauvrissement de la jeunesse risque de s'avérer décevante,  si elle ne se conjugue pas avec de la  création d'emploi, une lutte contre la précarisation du travail, un accès  facilité au logement social et à la mobilité.